Concours « Opération Pinel » 80 logements -Habitat du Littoral
Maître d'Ouvrage
Habitat du Littoral
Localisation
Saint-Martin Boulogne
Phase du projet
Permis de construire obtenu
Projet
Portée par Habitat du Littoral, l’opération dite « Pinel » vise la création de 80 logements sur un site urbain singulier, en bordure immédiate du Centre Hospitalier de Boulogne-sur-Mer. L’agence ARCHIFIX développe, au sein d’un groupement avec Rabot Dutilleul Construction, Norlit Construction et Verdi Bâtiment Nord de France, une proposition qui place l’humain au cœur du projet architectural, et qui transforme une parcelle aux qualités rares en un ensemble urbain lisible, apaisé et généreux.
Cette proposition n’est pas retenue à l’issue du concours, mais elle reste un projet de qualité, abouti, cohérent, et représentatif de la capacité de l’agence à concevoir des opérations de logements d’envergure en contexte urbain complexe.
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Contexte & enjeux urbains
Le site domine un vallon fortement marqué par la présence du Centre Hospitalier. À l’ouest, il jouxte le Centre Hospitalier de Long Séjour ; à l’est, un vaste cimetière offre un panorama remarquable vers le bocage boulonnais, avec des vues lointaines qui se déploient de la mer à la campagne.
Cette situation compose un cadre paradoxal : dense par ses voisinages institutionnels, mais ouvert par ses horizons. La parcelle elle-même est largement engazonnée, exposée au sud, et présente une déclivité importante, jusqu’à 18 mètres de dénivelé, caractéristique du paysage boulonnais.
Dans ce relief, l’agence ne voit pas une contrainte à neutraliser, mais une matière à magnifier. La pente permet de créer des séquences d’habiter, des vues cadrées et une implantation en terrasses qui donne du sens à la densité.
Préserver les repères existants : le beffroi comme pivot
Le projet s’appuie sur l’existant comme point d’ancrage. La parcelle accueille aujourd’hui une petite tour et quatre maisons individuelles accessibles depuis l’allée Philippe Pinel.
L’intention n’est pas d’effacer ces repères, mais de les intégrer à la recomposition d’ensemble. Les maisons sont déconstruites et reconstruites à proximité immédiate, et la tour est totalement intégrée au projet. Elle devient le centre organisateur d’une nouvelle figure urbaine.
L’agence la renomme « beffroi », point de repère local en résonance avec l’image du beffroi de la Vieille Ville. Cette décision donne une colonne vertébrale au plan masse. Le beffroi n’est pas un symbole plaqué ; il devient un pivot spatial autour duquel se réorganisent les circulations, les fronts bâtis et les espaces paysagers.
Organisation du plan masse
Deux nouveaux immeubles se développent aux côtés du beffroi.
Le premier, de 12 logements, s’implante sur la rue François Boulanger. Sa taille volontairement limitée vise une insertion fine dans le gabarit existant de la rue, qui présente des bâtiments d’échelle domestique.
Le second, de 64 logements, s’implante au sud de la parcelle, face au vallon. Il affirme une identité plus marquée, en dialogue avec les grandes échelles hospitalières voisines. Son étirement horizontal joue également un rôle climatique : il forme un écran protecteur contre les vents dominants et améliore le confort des habitants de l’allée Philippe Pinel.
Au pied de ce collectif, les quatre maisons individuelles sont repositionnées en conservant leurs atouts : orientation plein sud, vues lointaines, relation directe au paysage.
Maîtrise des flux et insertion dans le tissu existant
L’ajout de 80 logements impose une réflexion approfondie sur les circulations. Le projet limite les flux dans l’allée Philippe Pinel grâce à la création d’une nouvelle voie en contrebas, qui dédouble les possibilités de sortie vers la rue François Boulanger.
L’objectif est de préserver la tranquillité des riverains et des usagers du Centre de Long Séjour. Le projet refuse également d’implanter un immeuble entre la tour et cet établissement, afin de préserver vues et intimité.
La relation aux habitants existants guide les choix volumétriques. Les hauteurs sont calibrées pour maintenir des horizons comparables à ceux existants, notamment en respectant les hauteurs de faîtage des maisons actuelles.
Continuité paysagère : prolonger le bocage
Le paysage constitue une matière première du projet. Le terrain, typique du bocage boulonnais, inspire une stratégie de continuité végétale.
Au sud du beffroi, un talus largement planté reconstitue la pente végétalisée existante. À l’est, une coulée verte structure l’espace entre la tour et le collectif sur rue.
Un chemin voisin descendant vers le Centre de Long Séjour est prolongé par une liaison douce jusqu’à la rue François Boulanger. Cette continuité piétonne crée une promenade, un espace de respiration et un support de sociabilité.
Les stationnements sont intégrés de manière discrète afin de maximiser les surfaces végétalisées. L’objectif est de maintenir l’image d’une « ville à la campagne », cohérente avec l’identité du site.
Espaces partagés et dimension sociale
Des jardins collectifs et potagers sont intégrés au projet. Ils s’inscrivent dans une logique de sociabilité déjà portée par Habitat du Littoral.
Ces jardins deviennent des lieux d’échange et de rencontre. Le projet envisage également des interactions possibles avec le Centre de Long Séjour, autour de jardins thérapeutiques ou d’initiatives intergénérationnelles.
Le plan masse ne se limite donc pas à une organisation fonctionnelle ; il propose une structure sociale et paysagère.
Parti pris architectural
La conservation de la tour existante implique une cohérence volumétrique. Les nouveaux bâtiments sont traités en toiture terrasse afin de créer une continuité formelle.
Les maisons reconstruites restent des volumes simples sur deux niveaux. Les immeubles collectifs sont sculptés par des décrochés en plan et en façade, afin d’éviter l’effet de masse.
Le rythme vertical en façade, notamment sur l’immeuble de la rue François Boulanger et sur la façade nord du collectif principal, donne à l’allée Philippe Pinel une atmosphère proche de maisons mitoyennes. Les variations d’acrotère renforcent cette lecture.
En façade sud, le grand collectif développe une écriture plus horizontale, ponctuée de larges encadrements de balcons qui cadrent les vues lointaines et prolongent les séjours vers le paysage.
Séquences d’accès et parcours habités
La topographie permet de créer une scénographie d’accès. Les entrées du collectif principal sont démultipliées pour individualiser les parcours.
Des passerelles surplombent un talus paysagé, créant une mise à distance progressive entre espace public et logement. Certaines donnent accès directement à des appartements en rez-de-chaussée, renforçant le sentiment d’appropriation.
La « Porte Philippe Pinel » constitue un moment fort du parcours. Cette grande baie traversante sur deux niveaux crée un passage et un abri. Elle débouche sur un belvédère offrant un panorama sur le paysage, puis sur un escalier extérieur descendant vers le versant naturel du site.
Le projet articule ainsi une succession de séquences : entrée, franchissement, porte, belvédère, descente. L’habiter devient expérience spatiale.
Orientation et qualité d’usage
L’orientation sud est privilégiée pour le grand collectif et les maisons. Le collectif sur rue organise ses façades principales est-ouest tout en intégrant des ouvertures au sud.
Le nombre de logements traversants est amplifié grâce aux coursives, protégées des vents dominants et couvertes en dernier niveau. Ces coursives ajoutent une épaisseur habitée aux façades et renforcent la qualité d’usage.
La toiture, considérée comme cinquième façade, est traitée en teinte verte pour favoriser son intégration dans le paysage en cas de co-visibilité.
En résumé
Cette proposition pour les 80 logements d’Habitat du Littoral développe une vision urbaine claire : densifier sans enfermer, préserver les repères existants, prolonger le bocage dans la ville et organiser des séquences d’habiter adaptées à la topographie.
Bien que non retenu, le projet témoigne d’une capacité à traiter des opérations résidentielles complexes avec rigueur, sens du territoire et attention aux usages. Il illustre une architecture qui cherche à créer des repères, à structurer le paysage et à produire un cadre de vie durable et qualitatif.
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